ESTHETIQUE DU DEFAUT
Otto Dix - La journaliste Sylvia Von Harden. (1926) Huile et tempera sur bois.
Le tableau est un portrait légèrement dérangeant qui pousse au ricanement car représentant une journaliste fort laide et masculine devant un fond rose. Assise, jambes croisées, sur l’une desquelles la femme n’a pas pris la peine de remonter un bas négligemment fripé, n’a rien de très féminin. Seul la couleur du fond et sa robe nous rappelle que c’est une femme que nous regardons. Mains épaisses, visage froid et sec, coiffure à la garçonne, la première chose que je me suis dit en voyant ce tableau c’est que l’artiste ne devait pas aimer cette femme. Et bien j’avais tore puisque cette femme fait partie au contraire de ces proches !
J’apprends que O.Dix, artiste de la « nouvelle subjectivité » (Neue Sachlichkeit) avait pour vœux, je cite : « d’adhérer le plus étroitement possible à son époque, sans se soumettre à un dogme esthétique ». Force est de constater qu’il a réussi puisqu’il ne lui arrange en rien le portrait. « Il me faut le courage de peindre le laid, il me faut la vie dans toute sa densité », ajoutait-il.
Ce tableau, m’apparaît alors comme une violente critique de la société où cette Sylvia Von Harden représente une femme libérée en avance sur son temps. Elle fume et boie « comme un homme » et j’éprouve d’autant plus de respect pour cette femme et ce peintre qui prouvent leur ouverture d’esprit et leur résistance face aux dictâtes. De plus je rejoins, quelque part, la pensée d’O.Dix, car j’ai toujours trouvé dans le dogme des canons de la beauté quelque chose de profondément ennuyeux, éphémère et arbitraire. Je célèbre avec lui, la beauté du défaut !