ZWEIG

Publié le par Angie

Le joueur d ‘Echecs. Interprétation et adaptation d’André Salzet. Mise en scène par Yves Kerboul.

Le joueur d’Echec écrit en 1941, dans un  contexte d’“ébranlements volcaniques” de l’Europe, est l’œuvre testamentaire de Stefan Zweig, auteur juif-autrichien, humaniste et pacifiste. Retourné par la sauvagerie humaine que fût la mise en application du national-socialisme, c’est depuis le Brésil, exilé avec sa femme, qu’il démontre jusqu’où le désespoir peu entraîner la raison.

Centovicz, champion du Monde d’échecs, rustre doté d’une logique froide et implacablement absurde, est un fin stratège, dont la régulière insolence témoigne de son manque de culture. C’est sur un paquebot en direction de Buenos Aires, avec le concours d’un  narrateur curieux et d’un irlandais fortuné, qu’il rencontrera Monsieur B. Cet inconnu fuyant l’Autriche et mystérieusement doué pour les échecs se fait témoin de la fragilité de l’équilibre mental, et du machiavélisme des nazis, écho de l’expérience de Zweig.

André SALZET, déjà dirigé par Yves Kerboul dans les Trois sœurs de Tchekhov, et malgré la complexité de l’adaptation d’un tel texte, a su mettre son talent au service de l’auteur, et des quatre principaux personnages. Ce choix du dédoublement, combiné au jeu de lumière de Ydir ACEF, suffit à faire la distinction entre les personnages. Malgré quelques longueurs et une narration d’introduction trop « dans le texte », le comédien attire le spectateur dans une proximité presque gênante où il est pris à témoin de cette rencontre énigmatique.

La succession des mots, lieux, époques, personnages créé un rythme suffoquent et une tension qui atteint son paroxysme lorsque l’inconnu bascule dans la folie. Cette interprétation met un terme à l’impatience du spectateur le plus récalcitrant. Gestuelle, débit des paroles, déplacements, la schizophrénie de Monsieur B est disséquée, pour la rendre plus palpable du point de vu du public.

André SALZET exprime avec talent le désespoir de Stefan ZWEIG et la tension d’un être qui résiste pour ne pas basculer dans l’égarement. Finalement le jeu d’échecs au fil de la mise en scène, cesse d’être le support de l’histoire. Plus que le divertissement adulé par de nombreux adeptes, le jeu d’échecs, retrouve ici sa place de symbole du rapport de l’Homme au monde, de la complexité de son esprit et de la stratégie militaire. Zweig en fait une allégorie de la vie, du combat intérieur et politique.

Nous  ne pouvons ressortir après ce témoignage scénique, sans un nœud au ventre. Nous remercions alors l’auteur mais aussi l’acteur,  d’avoir sût nous témoigner “la plus effroyable défaite de la raison et du plus sauvage triomphe de la brutalité qu’atteste la chronique des temps.”  

Sujet malheureusement toujours actuel et universel...

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